Not all men, really ?

Not all men, really ?

Il y a peu, je suis tombée sur un post intitulé « Not all men, really ? » sur le compte instagram @olympereve. Pour contrer l’utilisation bien trop courante de ce hashtag par les hommes qui se sentent visés par certaines revendications féministes, cette activiste a choisi de raconter son histoire. Les violences et agressions sexuelles qu’elle a subies tout au long de sa vie m’ont profondément révoltée puis fait réfléchir. J’ai réalisé que toutes les femmes que je connais pourraient potentiellement écrire un texte du même genre, moi comprise.

Au début, j’ai hésité à me lancer dans l’exercice. D’abord parce que je n’avais pas très envie de ressasser des souvenirs désagréables mais surtout, parce que je ne me sentais pas légitime. Je me disais « Oui mais moi, par rapport à elle, c’est rien ce que j’ai vécu ». Qu’est-ce qu’un frotteur dans le métro contre le stealthing, par exemple ? Puis je me suis dit qu’il n’y avait pas de petites violences et que c’est justement par l’accumulation qu’on va réussir à faire comprendre que si, all men.

Mon « Not all men, really ? »

En primaire, trois garçons de ma classe m’ont coincée sous le préau pour m’embrasser. Je ne voulais pas, je les ai poussés mais ils étaient trois et ils voulaient absolument me voler un bisou. Je suis rentrée chez moi en pleurs, j’ai raconté « l’incident » à ma maman qui est allée voir la maîtresse. Les trois garçons ont dû me présenter leurs excuses, ils ont été punis et leurs parents ont été prévenus. Avec le recul, je me dis que j’ai eu de la chance que ce n’ait été que des bisous et que tous les adultes concernés m’aient pris au sérieux.

Au collège, j’ai décidé de porter des strings parce que c’était à la mode et le jeu préféré des garçons était d’attraper les ficelles et de tirer. À 14 ans, j’ai passé la nuit avec un garçon qui avait 3 ans de plus que moi et dont j’étais très amoureuse. J’aurais probablement fait ma première fois avec lui s’il n’y avait pas eu ses copains qui n’arrêtaient pas de rentrer dans la chambre pour justement voir si on le faisait ou pas. Le lendemain, il m’a dit que je ne l’intéressais absolument pas et qu’il ne voulait plus jamais me revoir.

Des comme lui, il y en a eu plein. Pendant un temps, je me suis sentie flattée. Mon physique donnait envie à des garçons de coucher avec moi. Puis un peu vexée. Je me considérais (je me considère toujours) comme quelqu’un d’intéressant alors pourquoi aucun mec n’allait jamais au-delà du physique ? Puis j’ai culpabilisé. Je me suis dis que c’était parce que j’avais une attitude de groupie, que je donnais toute mon attention d’un coup, que ça ne marchait pas. Personne n’a envie d’avoir une fille collée à ses baskets, acquise sans rien faire. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire hein.

Vers mes 15 ans, un mec de 18 ans, que je n’avais jamais rencontré mais qui connaissait vaguement une de mes copines, m’a ajoutée sur MSN et me demandait régulièrement de me déshabiller à la caméra. Je ne l’ai jamais fait, mais j’aurais pu, j’aurais vraiment pu.

À 16 ans, j’ai fait ma première fois, avec un mec plus vieux, encore. Ça s’est très bien passé sur le moment mais il s’avère qu’il habitait loin et qu’on n’allait pas se revoir avant un bout de temps. On faisait des projets sur nos retrouvailles jusqu’à ce que j’ai de moins en moins de nouvelles. J’ai appris grâce à une photo sur Facebook qu’il avait trouvé une nouvelle copine. Je n’ai jamais eu de rupture en bonne et due forme, il a juste arrêté de m’écrire. J’ai mis des années avant de recoucher avec quelqu’un parce que j’étais persuadée qu’on allait m’abandonner juste après.

À une soirée en terminale, un mec avec lequel je fricotais parfois m’a suivie dans une chambre où j’étais allée m’allonger parce que j’avais trop bu. Il a commencé à m’embrasser et à vouloir aller plus loin, je l’ai repoussé. Il m’a dit « T’façon, je m’en fous, je peux en avoir 1000 des comme toi » et il est parti. J’ai pleuré.

Un été, j’ai eu de l’eczéma sur l’intérieur des cuisses. Ma mère m’a emmenée chez le médecin de famille et après quelques questions, il m’a demandé, de façon bien lourde, si ce n’était pas à cause du sport de chambre. Une autre fois, j’ai vu un gynécologue pour une mycose et il m’a dit que pour soigner, j’avais qu’à arrêter de porter des culottes sous mes robes.

Quand je suis rentrée à la fac, mon trajet nécessitait que je prenne de nombreux transports en commun : train, métro, tram, bus… Un homme dans le tram m’a demandé combien je prenais : j’en ai déduit que c’était parce que je portais une jupe assez courte et des collants résilles. Une fois, un mec s’est frotté contre ma cuisse dans le métro, je me suis retournée, je l’ai regardé de travers et il n’a tellement pas réagi que j’ai cru que je l’avais imaginé. J’ai dit « Pardon ».

Un jour, un homme m’a suivie du métro, à l’arrêt de bus, puis dans le bus. Il est descendu au même arrêt que moi et j’ai presque couru pour me mettre à l’abri à mon bureau. Il a passé son chemin en voyant que j’étais rentrée dans un bâtiment. Je portais un haut assez décolleté ce jour-là, je ne l’ai plus jamais reporté.

À 25 ans, le jour de mon anniversaire, je suis allée à un concert en plein air. Je marchais à travers la foule, mon copain à quelques mètres devant moi. Un mec est passé à côté de moi et m’a touché les seins. Je lui ai crié dessus et je l’ai poussé. Mon copain est revenu vers moi en m’entendant et en le voyant, le mec a levé les mains en l’air en mode « désolé mec ». La seule raison pour laquelle il s’est excusé, c’est pour ne pas risquer de se faire taper par un autre mec. Pas parce qu’il m’avait agressée sexuellement.

Dans ma vie, j’ai eu le droit à trois exhibitionnistes. Le premier lors de mes premières vacances sans mes parents : un homme nous a suivies, mes copines et moi en sortant de boîte et nous a montré sa bite. Une autre fois, je rentrais de la gare à pied avec une copine et un mec se branlait, assis sur un trottoir, entre deux voitures garées. On parlait et rigolait fort toutes les deux, je traînais une valise, il aurait eu largement le temps de se cacher avant qu’on arrive à sa hauteur. Le dernier était derrière moi dans le train. Il m’a tapé sur l’épaule, je me suis retournée, il m’a montré sa bite et est parti en courant et en rigolant. Encore aujourd’hui, je choisis uniquement des places où on ne peut pas se mettre derrière moi dans le train.

Je ne parlerai pas de mon ancien responsable qui faisait constamment des remarques sur mes tenues et celles de mes collègues, qui nous appelaient ses petites femmes. Je ne parlerai pas non plus des quinquagénaires ou plus qui parlent de moi comme si je n’étais pas là : dans la famille de mon copain « Oh bah dis donc, t’as de la chance, elle est belle ta copine », dans les copains de mon père « Oh qu’est-ce qu’elle est jolie ta fille, elle doit tenir de sa mère » sans me laisser le temps d’ouvrir la bouche. Je ne parlerai pas non plus des mecs qui m’ont traitée d’hystérique, qui m’ont demandé si j’avais mes règles parce que je piquais une colère justifiée.

Alors voilà, si vous êtes un homme, que vous tombez sur un post sur les réseaux sociaux, que vos petites mains vous démangent et que vous avez envie d’écrire « Oui, mais moi, je suis pas comme ça ! » : fermez-la. Y’a de grandes chances que, si vous réfléchissez bien et si vous êtes 100% honnête avec vous-même, vous ayez quelque chose à vous reprocher. Alors, faites une petite introspection, éduquez-vous et faites le maximum pour vous changer, vous mais aussi les hommes autour de vous. Alors peut-être, on n’aura plus besoin d’écrire des listes.

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